← Ressources
Article
lundi 12 octobre 2026•10 min•🇫🇷

IA et données de santé : ce que l'HDS impose vraiment à votre projet

Certification HDS, 6 activités, référentiel 2024, RGPD : ce qu'il faut vérifier avant de mettre un projet IA en production sur des données de santé.

Un schéma montre le parcours d'une donnée de santé entre l'application, le modèle d'IA et l'hébergeur certifié HDS

Un projet IA en santé bloque rarement sur le modèle. Il bloque le jour où quelqu'un demande : « Et les données, elles sont où ? »

À ce moment-là, la démo sur notebook ne suffit plus. Il faut savoir qui héberge, qui administre, qui sauvegarde, et par où passent les données quand l'application appelle un modèle. En France, la plupart des réponses tiennent en trois lettres : HDS.

On l'a vécu avec Monka. Dans leur environnement HDS existant, on a construit une app pour les aidants, un CRM pour les infirmières et un moteur clinique. En production en deux mois. Voici ce qu'il faut vérifier, avec les sources officielles.

Cet article n'est pas un avis juridique. Pour votre cas précis, voyez votre DPO ou un juriste spécialisé.

HDS en deux phrases

La certification HDS (hébergeur de données de santé) garantit qu'un hébergeur applique un niveau de sécurité adapté aux données de santé à caractère personnel. Elle est délivrée par un organisme certificateur indépendant accrédité, sur la base d'un référentiel publié par l'Agence du Numérique en Santé (esante.gouv.fr).

L'obligation vient de l'article L.1111-8 du code de la santé publique : toute personne qui héberge des données de santé recueillies lors d'activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi médico-social, pour le compte d'un tiers ou du patient, doit être certifiée.

Qui doit être certifié HDS (et qui ne l'est pas forcément)

Tout tient dans « pour le compte de ». La certification vise celui qui héberge ou exploite les données pour quelqu'un d'autre.

  • L'hébergeur (cloud, infogéreur, prestataire de sauvegarde) doit être certifié pour les activités qu'il réalise.
  • L'éditeur ou la startup qui fait tourner son application chez un hébergeur certifié n'a pas forcément besoin d'être certifié lui-même. Mais s'il administre lui-même l'infrastructure ou le système d'information qui contient les données, il peut tomber dans le périmètre (activité 5 ci-dessous).
  • L'agence ou le prestataire de développement qui construit l'application n'est pas un hébergeur en soi. Tout dépend de qui a les accès en prod.

La question à poser dès le début du projet : qui aura la main, concrètement, sur les serveurs et les bases de données ?

Les 6 activités du référentiel HDS

Le référentiel découpe l'hébergement en six activités. Un hébergeur est certifié activité par activité (référentiel, esante.gouv.fr) :

  1. Sites physiques : mise à disposition et maintien en condition opérationnelle des locaux qui accueillent l'infrastructure matérielle du système d'information traitant les données de santé.
  2. Infrastructure matérielle : mise à disposition et maintien en condition opérationnelle des serveurs et équipements de ce système d'information.
  3. Infrastructure virtuelle : mise à disposition et maintien en condition opérationnelle de l'infrastructure virtuelle du système d'information de santé.
  4. Plateforme d'hébergement d'applications : mise à disposition et maintien en condition opérationnelle de la plateforme qui héberge les applications.
  5. Administration et exploitation du système d'information contenant les données de santé.
  6. Sauvegarde externalisée des données de santé.

Les libellés exacts figurent à l'article R.1111-9 du code de la santé publique. On parle souvent de « niveaux », mais ce ne sont pas des paliers : ce sont des activités, et un hébergeur choisit celles sur lesquelles il se fait certifier.

Une lecture simple, que Stan Girard détaillait dans « Comprendre la certification HDS en 5 minutes » sur le blog de Theodo :

  • activités 1 et 2 : l'hébergeur d'infrastructure physique. Elles concernent ceux qui possèdent et opèrent leurs propres serveurs et datacenters ;
  • activités 3 à 6 : l'hébergeur infogéreur. Elles couvrent l'environnement applicatif : plateforme, exploitation, sécurité au quotidien et sauvegardes.

Un exemple du même article : un grand cloud peut être certifié sur les six activités sans que tous ses services soient utilisables pour des données de santé, ni qu'il propose lui-même l'infogérance (activité 5). Il faut alors un infogéreur certifié, ou faire certifier sa propre exploitation.

Un point qu'on oublie souvent : la certification HDS s'appuie sur la norme ISO 27001, à laquelle elle ajoute des exigences propres à la santé (largement contractuelles). Pour un hébergeur, compter en général un à deux ans de mise en conformité.

Concrètement, vérifiez que le certificat de votre hébergeur couvre les activités que vous lui confiez. Le mot « HDS » sur sa page d'accueil ne suffit pas. Un cloud certifié sur les activités 1 à 4 ne couvre pas l'administration de votre application si c'est vous qui la faites.

Ce qui a changé avec le référentiel 2024

Le référentiel révisé a été publié au Journal officiel le 16 mai 2024 (ANS) :

  • les nouveaux candidats sont évalués sur cette version depuis le 16 novembre 2024 ;
  • les hébergeurs déjà certifiés avaient jusqu'au 16 mai 2026 pour passer sur la nouvelle version ;
  • la révision ajoute un bloc d'exigences de souveraineté :

- les données de santé doivent être hébergées et stockées dans l'Espace économique européen (EEE), et l'hébergeur doit indiquer au client où elles se trouvent ;
- tout accès depuis un pays hors EEE doit être encadré et signalé au client dans le contrat, avec les risques associés ;
- si l'hébergeur ou l'un de ses sous-traitants est soumis à une loi d'un pays tiers sans niveau de protection adéquat au sens du RGPD, il doit le dire au client et exposer le risque d'accès non autorisé ;
- l'hébergeur doit publier une cartographie des transferts de données possibles hors EEE.

Ces règles imposent la transparence. Elles ne protègent pas un hébergeur des lois extraterritoriales. Le niveau de risque acceptable, c'est à vous de le fixer.

Donc, en octobre 2026, un certificat HDS selon l'ancien référentiel ne devrait plus être valable. Demandez le certificat à jour, avec ses dates et ses activités.

Où l'IA complique les choses : modèles, API et logs

Un projet IA crée des chemins de données qu'une application classique n'a pas. C'est eux qu'il faut cartographier :

  • L'appel au modèle. Si l'application envoie un dossier patient à une API de modèle de langage, cette donnée quitte votre hébergeur. Il faut savoir où l'appel est traité, si le fournisseur garde les requêtes, et s'il est couvert pour des données de santé. Sinon, il faut pseudonymiser avant l'appel, ou faire tourner le modèle dans un environnement HDS.
  • Les logs et l'observabilité. Les traces de prompts et de réponses contiennent souvent des données de santé en clair. Elles doivent vivre au même niveau de sécurité que la base principale.
  • Les embeddings et les index de recherche. Une base vectorielle construite à partir de comptes rendus médicaux contient des données de santé. Elle est dans le périmètre.
  • Les environnements de test. Pas de vraies données patients dans un environnement de démo non certifié.
  • Les droits de l'agent. Un agent qui peut lire un dossier n'a pas forcément besoin de pouvoir le modifier. On en parle dans « Le vrai risque des agents IA, c'est l'autorité ».

RGPD et CNIL : les obligations ne s'arrêtent pas à l'hébergement

L'HDS couvre l'hébergement. Le RGPD couvre tout le traitement. Les données de santé sont des données sensibles, et la CNIL a publié des recommandations pour le développement des systèmes d'IA (cnil.fr) :

  • vérifier qu'on a le droit d'utiliser les données pour cette finalité ;
  • limiter les données à ce qui est nécessaire ;
  • définir une durée de conservation ;
  • évaluer les risques pour les personnes, souvent via une analyse d'impact (AIPD) pour des données de santé à grande échelle ;
  • prévoir des mesures de sécurité, comme le chiffrement.

La CNIL rappelle aussi qu'un modèle entraîné sur des données personnelles peut lui-même rester soumis au RGPD. Si vous comptez entraîner ou affiner un modèle sur des données patients, réglez ce point avant d'écrire la première ligne de code.

Check-list avant de lancer un projet IA sur des données de santé

  1. Lister toutes les données traitées et confirmer lesquelles sont des données de santé.
  2. Cartographier les flux : application, base, modèle d'IA, logs, sauvegardes, outils tiers.
  3. Choisir un hébergeur dont le certificat HDS à jour (référentiel 2024) couvre les activités nécessaires, et lire sa cartographie des transferts hors EEE.
  4. Décider qui administre la production, et vérifier si cela le fait entrer dans l'activité 5.
  5. Pour chaque appel à un modèle : traitement dans un environnement couvert, ou données pseudonymisées.
  6. Chiffrer les données, au repos et en transit, et restreindre les accès au strict nécessaire.
  7. Mener l'analyse RGPD avec le DPO : base légale, durée de conservation, AIPD si nécessaire.
  8. Garder les environnements de test sans données réelles.

Ce qu'on a appris chez Monka

Monka accompagne les aidants avec des infirmières de coordination. Quand on est arrivés, Monka était déjà hébergée en HDS et en conformité. Notre job : développer très vite à l'intérieur de cet environnement. En deux mois, on a mis en production l'app des aidants, Lifeline (le CRM des infirmières) et le moteur clinique qui transforme un bilan de 165 questions en plan d'action. Le référentiel clinique est passé par 12 versions.

La leçon : quand le socle HDS existe déjà, un projet IA peut aller très vite, à condition de rester dans cet environnement. Aucune donnée n'en sort, et les logs comme les environnements de test vivent à l'intérieur. C'est ce qui permet d'itérer vite sans rouvrir le sujet conformité à chaque version.

Lire le cas Monka →

FAQ

Une startup qui utilise un cloud certifié HDS doit-elle être certifiée ?

Pas forcément. Si l'hébergeur certifié couvre toutes les activités d'hébergement et d'exploitation, l'éditeur peut s'appuyer sur lui. Si l'éditeur administre lui-même le système d'information qui contient les données, il peut relever de l'activité 5. Le contrat et la répartition des accès font la différence.

Peut-on utiliser ChatGPT, Claude ou Mistral avec des données de santé ?

Pas avec les versions grand public. Il faut un environnement dont l'hébergement et les conditions contractuelles couvrent les données de santé, ou des données pseudonymisées avant l'appel. Vérifiez le contrat exact, la région de traitement et la conservation des requêtes.

Le référentiel HDS 2024 est-il déjà obligatoire ?

Oui. Les nouveaux candidats sont évalués sur cette version depuis le 16 novembre 2024, et les hébergeurs déjà certifiés devaient avoir migré au plus tard le 16 mai 2026.

HDS et RGPD, c'est la même chose ?

Non. L'HDS porte sur l'hébergement des données de santé. Le RGPD porte sur tout le traitement : finalité, base légale, minimisation, durée de conservation, droits des personnes.

Combien de temps faut-il pour mettre en production un projet IA en santé ?

Cela dépend du périmètre. Chez Monka, l'app, le CRM et le moteur clinique étaient en production en deux mois, parce que le socle HDS existait déjà et que tout le développement est resté à l'intérieur.

Vous avez un projet IA avec des données de santé ?

The Vibe Company est une agence IA à Paris, fondée en 2024 par Stan Girard et Antoine Dewez, passée par Y Combinator. La santé (HDS) et la sécurité font partie de nos spécialités, avec le frontend et le DevOps. On travaille avec des entreprises de taille moyenne à grande, de la cartographie des données à la mise en production.

Réservez 30 minutes pour parler de votre projet →

À lire ensuite
A diagram shows a health record moving between the app, the AI model and an HDS-certified host
Suivant🇬🇧

AI and health data in France: what HDS really means for your project

HDS certification, the 6 hosting activities, the 2024 framework and GDPR: what to check before putting an AI project on French health data into production.

Lire l’article→