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Victor's StoryFocus
Friday, July 3, 20268 min🇫🇷

Comment mon travail se documente tout seul

Je ne tiendrai jamais un journal à la main. Alors j'ai monté un système qui documente mon travail tout seul : un filet qui garde la trace de tout ce que je touche, et une couche qui relit mes conversations pour en tirer le pourquoi, déclenchée à chaque moment clé. Sans que j'aie rien à remplir. Et en écrivant cet article, je l'ai encore amélioré.

Mon avatar, café en main, et la mascotte VB devant un carnet qui se remplit tout seul de traces de travail, dans la direction artistique maison
Mon travail qui se capte et s'archive tout seul, pendant que je regarde.

Mes premiers jours chez The Vibe Company, je n'ai rien documenté. Je construisais mon premier site, la tête dans le guidon.

Puis Stan et Antoine m'ont dit une chose simple. Ce que tu fais là, il faudrait le raconter, et ce serait bien de montrer deux versions du site, l'avant et l'après.

Sauf que je n'avais jamais gardé la première version, une simple liste d'animés toute brute. Elle n'existait plus à l'écran.

J'ai réussi à la retrouver en fouillant sur GitHub, là où mon code est archivé au fil du temps, juste à temps. Mais je me suis fait une promesse, ne plus me retrouver dans cette situation.

Le problème, ce n'est pas que j'oublie ce que je fais. Je sais très bien sur quoi j'ai passé ma semaine.

Par contre, ce que je n'ai ni l'envie ni le temps de faire, c'est tenir un journal à la main, garder une image de chaque version, noter chaque étape et pourquoi je l'ai prise. Je suis ici pour une mission de quatre mois, avec une idée simple. Montrer jusqu'où une personne partie de presque zéro en tech peut aller en si peu de temps. Ça fait quatre mois d'apprentissage à raconter, et tout noter à la main serait un travail de fourmi.

Alors je l'ai automatisé. Entièrement. J'ai mis en place un skill dont le seul rôle est de documenter mon travail à ma place.

Un skill, c'est le mode d'emploi que je donne à l'IA pour qu'elle refasse une tâche toujours de la même façon.

Le mot important, c'est « à ma place ». Je ne remplis rien, je ne note rien. Ça tourne pendant que je travaille.

Voici comment j'ai fait. Et comment, au passage, j'ai repéré des lacunes dans ce système et je les ai comblées.

Deux couches, dont aucune n'est moi

Documenter tout seul a un piège. Si le système enregistre tout bêtement, je me noie sous des lignes qui ne veulent rien dire. S'il essaie de tout résumer, il rate l'essentiel.

D'où deux couches. La première enregistre ce qui bouge, le quoi et le quand. La seconde en tire le sens, le pourquoi.

Les deux tournent sans moi.

Schéma des deux couches : le filet enregistre le quoi et le quand, la couche du sens capte le pourquoi à chaque moment clé, le tout automatique
Les deux couches en un coup d'œil : le filet pour le quoi et le quand, le sens pour le pourquoi.

La première couche : le filet qui n'oublie rien

Elle repose sur un hook. Un hook, c'est une règle qui se déclenche toute seule sur une action précise, sans que personne ne la lance. Celui-là se réveille dès qu'un fichier est créé ou modifié.

"PostToolUse": [
  {
    "matcher": "Edit|Write|MultiEdit|NotebookEdit",
    "hooks": [
      { "command": "node journey-project-activity.mjs --touch" }
    ]
  }
]

Chaque fois que l'IA touche un fichier, quel que soit le chat et quel que soit le projet, une ligne s'ajoute dans un journal. Date, projet, fichier. Rien de plus.

Ça ne raconte rien, mais ça ne perd rien.

Le filet capte aussi deux autres choses, toujours sans moi. Les skills, inventoriés par un script qui lit leur nom et leur date de création. Et mes livraisons, ces fameuses PR (des demandes d'intégration de mon code, datées et gardées sur GitHub), qu'un autre script remonte toutes.

Au moment d'écrire, je relis ce filet, regroupé par projet et par jour :

node journey-project-activity.mjs --rollup --days 14

Ce que ça me sort ressemble à ça :

## TVC
- 2026-07-02 · 3 éditions, 3 fichiers
    reviews/08-comment-je-documente/article.md, website/content/articles/veille.md

Même après une semaine à rallonge, j'ai sous les yeux ce qui a réellement bougé. Sans que j'aie eu à noter la moindre ligne.

Voilà pour le quoi et le quand. Le pourquoi, lui, se capte autrement, et c'est la partie qui a le plus bougé sous mes yeux, en écrivant cet article.

La deuxième couche : le pourquoi, et la lacune que j'ai trouvée

Le filet sait le quoi et le quand. Il ne sait pas le pourquoi. Un fichier qui change un mardi ne dit pas que j'étais bloqué, ni pourquoi j'ai tranché comme ça.

Ce pourquoi est à un seul endroit, dans les conversations que j'ai avec l'IA. C'est le plus précieux, et le plus dur à attraper.

Au début, ma règle était simple. À chaque fois que je livre une PR, l'IA relit le chat depuis la précédente et en écrit le sens. Le titre de la PR donne le quoi, le chat donne le pourquoi.

Sauf qu'en écrivant cet article, j'ai repéré une première lacune. Cette règle n'avait rien de garanti.

L'IA était censée penser à relire le chat à chaque PR, mais rien ne l'y obligeait. Elle pouvait donc l'oublier, et c'est comme ça que des moments passaient à la trappe.

Alors on l'a rendue mécanique, comme le filet des fichiers. Toutes mes PR passent par une commande, gh pr create. Un hook la guette et déclenche la capture à coup sûr.

{ "matcher": "Bash", "hooks": [{ "command": "node journey-chat-capture.mjs" }] }

Plus aucun oubli possible. À chaque PR, tout le chat depuis la précédente est déposé dans un fichier. Automatique, et gratuit, parce que c'est juste une lecture, sans intelligence à ce stade.

Puis une deuxième lacune est apparue. Certains projets ne sont pas encore sur GitHub, voire ne le seront jamais.

En ce moment je travaille sur un projet, The Vibe Experience (vous en saurez plus bientôt), sans la moindre PR, mais avec un suivi sur Linear.

On a ajouté exactement la même règle, branchée cette fois sur les mises à jour de tickets Linear (notre outil de suivi), les fiches de tâches du projet.

Et là, dans la foulée, sans que je fasse quoi que ce soit, un fichier de capture est apparu : « Ticket Linear : Rattrapage, The Vibe Experience », tout le fil de la conversation où je bossais dessus, prêt à devenir un morceau de récit. Le système marchait déjà, pendant qu'on en parlait.

Et il restait une troisième lacune, la plus parlante. Modifier un skill, comme je le fais tout le temps, ne captait pas la conversation autour. Le filet notait bien quel fichier avait changé, mais pas le pourquoi de ce changement.

Alors je l'ai ajouté aussi. Maintenant, dès que je touche à un skill, le chat est capturé, exactement comme pour une PR ou un ticket.

// dans journey-chat-capture : si le fichier édité est un skill,
// on capte le chat, comme pour une PR ou un ticket.
if (/[/\\]skills[/\\]/.test(fichier)) capturer();

Autrement dit, même le système qui me documente se documente lui-même quand je l'améliore. Y compris à l'instant, en écrivant ces lignes.

Je mesure ce que je viens de faire. En rédigeant ce seul article, en une soirée, j'ai modifié ce système trois fois, en direct : une règle rendue mécanique, la capture des tickets Linear, puis celle des skills.

C'est exactement ça, un skill qui n'est jamais fini. Et c'est pour ça qu'il finit par tout attraper.

Le sens, écrit par l'IA, jamais par moi

Une fois le chat capturé, il faut en tirer le sens. Ça, aucun script bête ne peut l'inventer, il faut comprendre ce qui s'est dit. C'est l'IA qui le fait, à partir de la matière brute, dans une note courte, toujours la même trame.

Voici celle qu'elle a écrite ce soir, sur la lacune qu'on venait juste de combler :

Pourquoi ça compte : je ratais des captures, ma règle reposait sur la bonne volonté de l'IA.
Ce qui a changé : un hook sur gh pr create, la capture ne dépend plus de personne.
Le raisonnement : rendre mécanique ce qui reposait sur la bonne volonté, comme le filet des fichiers.
Le rôle de l'IA : c'est elle qui écrit ce sens, moi je ne remplis rien.
Ce que j'ai appris : une règle qu'on doit penser à appliquer finit toujours par sauter.

Le seul moment où je remets la main à la pâte, c'est quand j'écris un article comme celui-ci. Le skill de rédaction lit tout ce qui a été capturé, en tire le récit, et me pose quelques questions ciblées pour ce qui lui manque. Là, je réponds.

Pour la documentation elle-même, je ne remplis jamais rien.

Ce que j'en retiens

On peut faire en sorte que son travail se documente vraiment tout seul. Un filet mécanique pour tout ce qui bouge, une couche qui relit les conversations pour le sens, déclenchée à chaque moment clé, une PR ou un ticket. Sans lever le petit doigt.

Le vrai gain, c'est le temps et la charge mentale. Documenter tout ce parcours à la main, étape par étape, m'aurait pris un temps fou et fait avancer deux fois moins de projets.

Et surtout, le système n'est jamais figé. Rien qu'en écrivant cet article, j'ai repéré trois lacunes et je les ai comblées. C'est le principe, chaque fois que quelque chose passe à travers, ça devient un filet de plus.

Pour une entreprise, ça veut dire que le savoir, ce qui a été fait et pourquoi, ne s'évapore pas quand un chat se ferme ou quand quelqu'un oublie. Il reste écrit, daté, réutilisable.

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